[Dernière mise à jour de cette page : dimanche 14 novembre 2010]
La méthode de travail envisagée sur le présent site 'www.kiriasse.fr' s'appuie sur une conviction : tout apprenant est nécessairement autodidacte (1). Aucun savoir, aucun savoir-faire, ne peut en effet être simplement « transmis » à quelqu'un sans qu'il prenne une part active à son acquisition. Tout apprentissage ne peut être qu'une « reconstruction », pour soi-même et par soi-même. Toute acquisition véritable est « assimilation » (rendre « semblable » à soi). Aucun progrès ne peut être réalisé sans une « appropriation » de la chose à apprendre qui nécessite un travail personnel réfléchi, méthodiquement organisé, patient et persévérant, mobilisant toutes les ressources de la personnalité. Ce travail personnel est indispensable et il exige du temps. De façon générale, en France, dans notre enseignement, le nombre hebdomadaire et quotidien d'heures de cours est
à notre avis
beaucoup trop élevé et ne laisse pas assez de temps au travail personnel des élèves. C'est le temps que l'élève peut consacrer à l'étude, hors des cours, qui est fécond.
Que l'élève doive toujours être son propre pédagogue ne signifie pas qu'un bon professeur soit inutile. Mais il faut bien comprendre ce que peut et doit être le rôle d'un « bon professeur ». Dans ce qui est quelquefois appelé le
« triangle didactique »
qui schématise les interactions entre l'objet d'apprentissage, le professeur et l'élève, le rôle du professeur est essentiellement de médiation : le professeur ne transmet pas à proprement parler un savoir ou un savoir-faire, il ne peut qu'aider l'élève à se l'approprier.
La pédagogie du professeur vaut ce que vaut l'aide que les outils qu'il élabore sont en mesure d'apporter à l'élève quand ce dernier est seul, confronté à son travail.
Cette fonction de médiation n'exige donc pas, surtout si l'élève n'est plus un enfant, que le professeur soit physiquement présent aux côtés de cet élève, ni même qu'il doive s'efforcer, dans le cas en particulier de l'enseignement du violon, de recréer à distance un simulacre de leçons individuelles traditionnelles érigées au rang de modèles dont l'efficacité ne saurait être contestée en raison d'on ne sait quel postulat.
Le choix de l'apprentissage à distance du violon ne saurait être considéré comme un choix par défaut qui ne serait destiné qu'aux personnes qui, n'ayant plus l'âge requis pour une inscription dans un conservatoire de musique, ne peuvent non plus avoir recours, pour une raison ou pour une autre, à des leçons individuelles traditionnelles. Ces dernières sont onéreuses et nous sont apparues pédagogiquement peu productives, surtout pour des apprentis violonistes qui ne sont plus des enfants : nous voulons bien essayer d'imaginer l'existence, ici où là, par exception, d'éventuelles leçons individuelles utiles mais, pour ce que nous avons pu constater, celles qui sont proposées en général n'ont guère évolué depuis notre enfance, il y a plus d'un demi-siècle. Elles sont données au jour le jour par des professeurs dont on ne peut certainement contester les qualités de violonistes et qui font preuve d'attention envers l'élève pendant les leçons, mais qui ne jugent pas nécessaire de préparer réellement ces dernières ni d'élaborer une progression prévisionnelle dans laquelle elles s'inséreraient.
Apprendre à jouer du violon à distance doit au contraire être un choix positif. Mais il ne faut surtout pas juger cet enseignement à distance à l'aune ce qui est parfois proposé sur Internet et qui peut relever, explicitement ou non, de fantaisies du genre « Le violon sans peine ». Croire à cela est se condamner au désenchantement et à l'échec. C'est ignorer la pertinence de cette phrase d'Alain : « Celui-là ne saura jamais le violon qui n'a su que s'y amuser » (Propos sur l'éducation). Cette citation ne s'applique évidemment pas qu'au seul cas de l'apprentissage du violon mais il est assez significatif que ce dernier ait été choisi en quelque sorte comme l'archétype de tout apprentissage.
Un enseignement à distance du violon, efficace et de qualité, est maintenant rendu possible par le recours à des moyens techniques modernes, simples, accessibles à tout le monde, en nombre limité, nécessaire et suffisant. Ces outils sont les suivants :
Un accordeur électronique permet à l'apprenti violoniste de toujours disposer d'un instrument bien accordé et d'apprendre progressivement à s'accorder à l'oreille.
Des logiciels de traitement de texte et d'images permettent de créer des
partitions imprimables
clairement
annotées
et facilement modifiables sans ces irritantes ratures au crayon qui les rendent si confuses pour tout apprenti violoniste de bonne volonté mais encore peu expérimenté.
Un logiciel de musique permet de créer aisément, à divers tempos de travail, des documents audio à graver sur un CD audio qui se comporte comme un « super-métronome » rendant possible, plus rassurant et plus performant le travail personnel de l'élève : déchiffrage et étude de la partition avec autocontrôle de la justesse et du rythme.
Un appareil d'enregistrement, simple ou plus sophistiqué, peut permettre au professeur de créer des documents audio de son propre jeu. Ces documents audio, gravés également sur CD, permettent à l'élève de s'efforcer de se rapprocher, par imitation et par imprégnation, de l'interprétation magistrale (qualité du timbre, nuances...) et d'élaborer peu à peu une interprétation personnelle.
Un caméscope peut permettre au professeur de réaliser des vidéos didactiques concernant des aspects de la technique du violon, vidéos que l'élève peut revoir à tout moment.
Voir par exemple ce début de
vidéo
réalisée par M. Gilles Rabinovitch, professeur de violon, créateur de
l'École de Violon à Distance, école recommandée à toute personne désirant se mettre (ou se remettre) à l'apprentissage du violon.
Cependant, si se priver de ces moyens techniques condamne l'enseignement du violon à une perte rédhibitoire d'efficacité, il ne s'agit pas de devenir partisan inconditionnel de toute technologie à la mode que le seul fait qu'elle existe rendrait ipso facto nécessairement utile. Il est assez significatif de ce point de vue de constater qu'un certain nombre de personnes qui nous ont écrit pour contester la possibilité d'un enseignement du violon à distance pensent spontanément justifier leur position en dénonçant les insuffisances de la « webcam »(*) alors que, pour notre part, nous n'avons jamais envisagé un tel outil qui nous paraît lourd à utiliser et, pour tout dire, sans réel intérêt pour l'apprentissage. Mieux vaut alors avoir recours à une leçon individuelle traditionnelle, de temps en temps, pour une acquisition bien définie à consolider.
(*) Cela démontre que ces personnes restent plus ou moins inconsciemment prisonnières de conceptions pédagogiques qui étaient les seules envisageables autrefois et ne peuvent imaginer un enseignement à distance qui puisse prendre une autre forme que celle qui se rapprocherait, par l'intermédiaire d'une caméra utilisée en direct, des sacro-saintes leçons individuelles traditionnelles. M. Gilles Rabinovitch lui-même propose depuis peu de temps des leçons individuelles en direct en utilisant une « webcam » avec Skype ou MSN. L'avenir dira peut-être si cela peut ou non être réellement utile. Pour notre part, nous en doutons beaucoup, sauf à titre ponctuel et expérimental.
(1)« Strange Case of Dr Jekyll and Mr Hyde », l'apprenant est en fait à la fois élève et professeur. Il est son propre pédagogue. Il incarne tour à tour ou en même temps deux personnalités. Le titre du livre d'Ivan Galamian (1903-1981), véritable livre de chevet à conseiller à tout apprenti violoniste, est assez significatif :
« Enseignement et technique du violon ». À vrai dire, quand on le lit, on ne sait jamais trop si l'auteur s'adresse à nous comme élève ou comme professeur.
Du point de vue commercial, cet enseignement collectif à distance, de nature à intéresser un très grand nombre potentiel d'élèves, pourrait à terme légitimement rapporter aux professeurs qui s'en chargent sérieusement des honoraires plus importants que ceux générés par les leçons individuelles traditionnelles. La participation financière de chaque élève pouvant être beaucoup plus abordable, l'apprentissage du violon serait mis à la portée de tous ceux qui sont séduits par ce magnifique instrument mais n'ignorent pas que parvenir à le bien maîtriser exige de nombreuses années d'étude auxquelles ils doivent renoncer en raison de leur coût.
En complément, une leçon (non à distance), collective plutôt qu'individuelle, donnée de temps en temps par un bon professeur, pour un objectif bien défini à l'avance, serait certainement très utile.
Nous espérons beaucoup des
deux stages
prévus en France en juillet 2011 par M. Gilles Rabinovitch.
Nous espérons aussi que le projet de
Cours collectif de violon à distance,
destiné à des violonistes amateurs adultes de niveau « intermédiaire » (donc non complètement débutants comme les élèves de l'E.V.D.), avec regroupement d'étudiants en cours d'année, pourra se réaliser. Mais il faut deux conditions : qu'un professeur se décide à s'en charger et que des violonistes amateurs le découvrent et s'y intéressent... Le C.C.V.D., tel que nous l'envisageons, nous apparaît vraiment comme « LA SOLUTION » d'apprentissage pour des violonistes amateurs adultes.
Le contact avec « la musique vivante » est bien entendu indispensable.
L'inscription dans un
orchestre amateur
(ou semi-professionnel) est vivement recommandée (1) à tout apprenti violoniste, et cela le plus tôt possible. Mais il faut bien choisir l'orchestre dans lequel on s'inscrit. La personnalité du chef d'orchestre est très importante pour celui ou celle qui désire progresser. Le choix des partitions et les exigences quant à leur exécution doivent être adaptés au niveau moyen des musiciens et pouvoir évoluer à mesure que des progrès sont réalisés. Il est aussi souhaitable que de très bons violonistes soient inscrits à cet orchestre : l'observation, l'écoute, l'imitation et l'imprégnation sont des facteurs de progrès. Attention à ne pas multiplier le nombre des répétitions en s'inscrivant à plus d'un orchestre : il faut absolument laisser du temps au travail personnel à la maison et pas seulement pour le travail des partitions jouées à l'orchestre mais aussi pour celui d'exercices quotidiens.
Pouvoir jouer avec un groupe réduit d'amis musiciens est aussi souhaitable (initiation à la musique de chambre) mais à condition que l'un au moins de ces musiciens soit de très bon niveau et puisse diriger le groupe.
(1)Le principal intérêt pédagogique de la pratique orchestrale peut se résumer en une expression : la « réhabilitation de l'erreur ». Dans le cas d'une leçon individuelle, l'élève, à la moindre erreur qu'il peut commettre, est généralement arrêté par le professeur, ce qui ruine inutilement le plaisir de jouer. Dans le cas de l'orchestre, la probabilité pour que deux violonistes commettent la même maladresse au même moment est réduite. Pendant une répétition, sauf cas d'erreur grossière et malencontreusement sonore, le chef d'orchestre n'interrompt pas le jeu de la partition. Cela ne signifie pas que l'on soit autorisé à jouer n'importe quoi. Il faut évidemment éviter de commettre de nouveau la même erreur à la reprise suivante. Ce qui est important, c'est que l'on puisse prendre soi-même conscience de l'erreur que l'on a commise afin d'en analyser les causes et de s'efforcer d'y remédier : l'erreur acquiert un rôle positif pour la progression de l'apprenti musicien.
« Toute connaissance est une erreur rectifiée. » (Gaston Bachelard)